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  • Génération 3

Rencontre avec Sangwook et un salarié de chez Samsung : travailler en Corée du Sud c'est comment ?

Sangwook est collaborateur chez NowPeople : une agence spécialisée dans le développement de compétences et la recherche de talents pour les entreprises du secteur privé ou publique en Corée du Sud. NowPeople est une structure d’environ 50 personnes en Corée et souhaite faire de l’humain le centre de tout innovation et du recrutement une arme majeure des entreprises dans le but de croître et de se développer.

Des centaines de messages laissés sans réponse sur LinkedIn, à la FrenchTech et à la CCI plus tard, nous n’avons toujours pas de rendez-vous en Corée du Sud. Pourtant, nous ne désespérons pas. Arrivés à Séoul, nous cherchons d’arrache-pied, ne serait-ce qu’une personne prête à nous recevoir ou même à boire un café avec nous. Nous sommes alors très interloqués par la difficulté d’avoir une réponse de la part des Coréens. Est-ce notre statut d’étudiants ou l’incompréhension de notre projet qui muent nos interlocuteurs dans un silence si frustrant pour nous ? Nous recevons toutefois au bout de cinq jours de séjour une première réponse de Sangwook Woo, un chasseur de tête chez NowPeople qui a auparavant travaillé dans le secteur des Ressources Humaines dans de grands groupes tels que Hyundai, IBM ou Samsung. Un miracle ! Nous sommes heureux et très enthousiastes à l’idée de le rencontrer et d’échanger avec lui. Dans un café près de son nouveau travail, nous découvrons à travers ces mots la culture sud-coréenne, les normes et nos erreurs par-dessus lesquelles Sangwook était passé. Nous le reverrons quelques jours plus tard et espérons avoir l’opportunité de discuter à nouveau avec cet homme profondément humain devenu notre ami.



Ce qui nous interpelle


De la culture au management il n’y a qu’un pas 

Un management où règne le respect

Le respect est un pilier de la société coréenne. Son expérience que sein de grands groupes et de startups ne laisse pas de place au doute pour Sangwook : l’éducation et la culture influencent énormément le management des entreprises en Corée du Sud. En effet, les jeunes coréens développent une écoute et une obéissance suprême aux directives qui leur sont donnés par leurs parents et leurs enseignants. C’est cette éducation qui pousse les managers mais aussi les employés à suivre des méthodes très hiérarchiques où chacun à sa place et ne saurait remettre en question les décisions de son supérieur ; ce serait lui manquer gravement de respect.

Sangwook nous explique également qu’il existe un langage spécifique à l’intérieur des entreprises pour désigner les supérieurs hiérarchiques. Les collaborateurs nomment leurs supérieurs et s’adressent à eux de façon différente en fonction de leur rang. Les mots sont lourds de sens et sont souvent rattachés à une symbolique historique qui met en avant la supériorité et la sagesse des individus.

Enfin, un exemple concret et tout récent de l’importance du supérieur, que Sangwook nous donne est le passage en juillet dernier de la loi sur la semaine de 52 heures de travail maximum en Corée. Il était devenu nécessaire pour le gouvernement de remédier aux horaires de travail plus que fatigants auxquels été habitués les employés. Ceci ne vient pas forcément d’une décision hiérarchique, mais d’une conviction personnelle et d’un sens du devoir qui dictent un comportement à avoir : rester dans les bureaux tant que le directeur n’est pas parti. Cette façon de faire entraînait une très forte baisse de la productivité et de la fatigue supplémentaire pour les employés.


Le respect des plus âgés…

Le respect du supérieur découle en fait du respect des anciens. L’âge est une caractéristique très importante dans le management coréen puisqu’on ne remet pas en cause les propos d’une personne plus âgée car son expérience fait autorité. Auparavant, ce respect de l’âge s’apparentait donc au respect du supérieur, mais aujourd’hui une nouvelle problématique émerge lorsque les supérieurs sont plus jeunes que leurs collaborateurs. Les mentalités tendent à évoluer avec l’essor de la nouvelle génération mais cette façon de penser reste très présente dans la mentalité coréenne aujourd’hui.


Privilégier la communication indirecte pour pallier aux normes culturelles

En France, les débats surgissent partout et en tout lieu pour n’importe quelle raison, en Corée du Sud, il n’en est pas question. Alors si on souhaite partager ses opinions et ses avis, il faut être subtil. La communication indirecte a donc toute son importance en entreprise. Savoir faire passer une idée à son supérieur sans jamais le contredire, c’est tout un art. A ce sujet, nous avons pu échanger avec un collaborateur de chez Samsung, actuellement Head of Global Leadership, qui a souhaité garder l’anonymat. Allemand, il travaille depuis dix ans au service des ressources humaines de Samsung en Corée du Sud et a eu quelques difficultés à s’adapter au cours de ses premières semaines. Il raconte…

Lors de sa période d’adaptation, son patron lui demande de lui faire certaines propositions quant à son rôle au sein de l’entreprise. Sa présentation est publique et doit éclairer l’ensemble de ses futurs collaborateurs sur son rôle et son avenir au sein de l’équipe. Cette présentation achevée, son patron le questionne : « Pourquoi ne ferais-tu pas plutôt ça ? ». Attention à ne pas prendre aux mots cette question qui n’en est en fait pas une. Le but de cette phrase est davantage de remettre en cause ce qui a été dit, de corriger son propos et de lui ordonner de faire ce qu’il souhaite.

Cependant, monsieur X a envisagé sa question d’un point de vue européen et a choisi de débattre sur cette idée et d’argumenter en sa faveur. A peine avait-il commence sa phrase que s’élevait dans la salle des murmures de réprobation puis une gêne s’est instaurée et tout le monde a baissé la tête sachant qu’il allait à l’encontre de leur supérieur et donc qu’il lui manquait de respect.

Le soir, Monsieur X est allé voir le directeur afin de lui demander ce qui n’avait pas été dans sa façon d’exposer ses idées. Le directeur lui a simplement dit qu’ici on ne pouvait pas challenger son supérieur et encore moins devant les autres. Le supérieur ne peut en aucun cas perdre la face et donc faire face à une opposition. Il fallait donc privilégier la communication indirecte ou choisir d’évoquer en privé les désaccords, chose que Monsieur X n’a jamais oublié.



Des individualités au service du nous

L’équipe prime !

Toutefois la communication est tout à fait directe lorsqu’il s’agit de parler à des personnes d’autres entreprises ou de collègues de même niveau hiérarchique (sauf s’ils sont plus âgés). Une particularité du langage Coréen réside dans la mise en avant du collectif aux dépens de l’individuel. Lorsqu’en français nous dirons ma famille, mon entreprise, mon pays ou encore ma femme, les coréens diront uri, c’est-à-dire « notre » famille, notre entreprise ou encore notre femme. L’équipe sera donc toujours supérieure à l’individu, ce qui évite énormément de conflits internes s’agissant des salaires, des promotions ou des traitements de faveur.



L’innovation managériale en Corée du Sud : Quelles perspectives ?

Après plusieurs essais non concluants, l’espoir est porté par la nouvelle génération !

La Corée du Sud est reconnue pour sa capacité à innover d’un point de vue technique, notamment grâce à ses firmes mondialement connues telles que LG ou encore Samsung. Mais Sangwook nous explique que l’innovation, habituellement impulsée par une saine compétition entre start-ups, PME et grands groupes est en Corée uniquement tirée par les Chaebols, de gigantesques conglomérats qui trustent les places et ne laissent pas la possibilité aux nouvelles structures d’éclore et de gagner des parts de marché. C’est pourquoi la notion d’innovation managériale tarde à arriver en Corée en raison de l’importance de ces Chaebols qui bloquent l’émergence de nouvelles structures et donc l’émergence d’une nouvelle mentalité.

Nous pouvons donc avancer que les entreprises coréennes sont toujours ancrées au paradigme Réussite/Orange de que Frédéric Laloux décrit dans son livre Reinventing Organizations. Ce paradigme est fondé sur l’efficacité et la recherche de la solution la plus rentable. C’est la règle de la logique « prévision-contrôle » qui est de mise dans ce système aux dépens généralement de l’environnement et du sens individuel et collectif.

Cependant, l’espoir d’un renouveau managérial est aujourd’hui porté par la nouvelle génération qui aspire à plus de responsabilisation et de liberté. Les pratiques de management innovantes sont peu enseignées dans les établissements scolaires et les jeunes s’inspirent donc d’exemple d’entreprises mondialement connues telle que Google. Selon Sangwook, les choses évoluent aujourd’hui tellement vite qu’il ne serait pas étonnant qu’émerge rapidement un nouveau style de management mais il faut avoir l’audace de se lancer, ce qu’ont fait les fondateurs de Woowa Brothers dont on vous parle dans un article dédié !



En plus

Notre ressenti

Nous sommes ravis d'avoir pu échanger avec Sangwook sur le système sud coréen et ses spécificités. Nous comprenons très rapidement que notre façon de faire a pu leur paraître, non seulement agressive, mais aussi irrespectueuse puisque nous sommes à leurs yeux de simples étudiants. Pourtant, Sangwook nous a donné notre chance et quelle opportunité d'avoir pu le rencontrer ! Certes nous avons fait peu de rencontres en Corée du Sud, mais celle-là restera une de nos plus belles.

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