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  • Génération 2

Quand l’entrepreneuriat social nous ramène aux valeurs du management

Mis à jour : 21 mai 2019

Lorsque l’on parle de management altruiste ou de replacer l’humain au centre des organisations, le sujet de l’entrepreneuriat social arrive forcément à un moment de la conversation. Ce moment-là est arrivé pour nous au Cambodge, où nous avons eu la chance de rencontrer Tommy et Sophorn. Chacun à sa manière « répond grâce à une activité économique durable à des besoins sociaux ». Tommy a créé en 2014 PiSor Workshop, un atelier dont l’objectif est de fabriquer des meubles de haute qualité, en apportant autant d’importance à leur réalisation qu’au développement et au bien-être de ses 25 employés. Quant à Sophorn, il est manager d’un des cafés de Feel Good Coffee. Comme son nom l’indique, il s’agit d’une « chaîne » de cafés et torréfacteurs visant à développer la filière café du pays tout en favorisant l’emploi et la formation des cambodgiens.


Grâce à ces rencontres nous avons découvert de belles histoires, profondément humaines et inspirantes qui nous ramènent à des valeurs fondamentales du management. Si dans la plupart des entreprises que nous visitons les employés ont quasiment tous fait des études, ceux de PiSor et Feel Good Coffee n’ont pas eu cette chance. Tommy nous avoue que plusieurs de ses employés ne savent ni lire ni écrire. Dès lors, le rôle du manager se rapproche de celui d’un professeur qui devra accompagner ses employés et les aider à grandir. Chez PiSor, les employés vont découvrir le milieu de l’entreprise, son fonctionnement et ses exigences. Tommy nous explique que pour ses employés qui ont souvent eu à se débrouiller seuls au jour le jour, l’enchaînement des tâches et la notion de délais à respecter sont loin d’être faciles à assimiler. Il est d’ailleurs fier de nous annoncer qu’au bout de 2 longues années, son équipe a compris l’importance des deadlines et les respecte. Il faut donc s’armer de patience, expliquer, accompagner et aussi accepter les erreurs. Quant à Feel Good Coffee, l’entreprise va permettre à ses employés de devenir des experts dans un domaine : la production et la torréfaction du café. Une importante place est accordée à la formation, avant de commencer à travailler, 3 mois de formation sont dispensés. Par la suite, les collaborateurs auront l’occasion de découvrir tout le processus de production en visitant les plantations de café et en discutant avec les producteurs. Dans les deux cas l’entreprise permet à l’employé de se construire et de se doter des outils qui lui permettront de gagner en autonomie, en liberté et de se connaître.


« Dis-moi, et j’oublierai. Enseigne-moi, et je me souviendrai. Implique-moi, et j’apprendrai ». Si la citation est de Benjamin Franklin, elle résume parfaitement l’état d’esprit de nos deux entrepreneurs. L’enseignement n’a de sens que si l’employé s’approprie son travail. Pour cela, pas de recette miracle, mais des principes simples et transparents : l’employé doit se sentir écouté, valorisé et trouver du sens à ce qu’il fait. Pour nos deux entreprises, la valorisation passe par le fait d’offrir aux clients un produit de qualité, qui est le fruit de longues heures d’apprentissage et d’entraînement. Mais comme Tommy nous l’explique, il faut aussi montrer à ses employés que l’on tient à eux en tant que personnes, à les respecter. Il nous présente les nombreux avantages qu’il offre à ses employés et souligne l’importance qu’il apporte au cadre de travail plus qu’à la course aux salaires qu’il sait ne pas pouvoir gagner. Il met donc un point d’honneur à ce que ses équipes travaillent dans un atelier propre, bien équipé et qu’ils disposent des vêtements et protections nécessaires. Chose assez peu répandue dans les ateliers cambodgiens, déplore notre interlocuteur. Il organise aussi des sorties et voyages pour ses employés afin de leur permettre de « découvrir autre chose » que l’atelier, auxquels s’ajoutent des « thank you parties » pour les remercier. Chez Feel Good Coffee, la sécurité est aussi importante, l’entreprise paye pour les casques de moto de ses employés - croyez nous ils sont plus que nécessaires dans les rues de Phnom Penh-. La valorisation des employés ne s’arrête pas là, régulièrement l’entreprise les encourage à participer à des concours de torréfaction nationaux et internationaux où ils sont très souvent récompensés. Les étudiants/employés sont aussi envoyés à l’étranger et reviennent transformés par ces expériences internationales.


Le plus beau, pour nos interlocuteurs, reste le fait que les employés parviennent à se valoriser eux-mêmes en ayant le sentiment d’appartenir au projet de leur entreprise et en s’appropriant leur travail. Chez Feel Good Coffee, cela passe notamment par la responsabilisation des employés qui, par exemple, décident ensemble du nombre de jours de congés qu’ils vont s’accorder ou encore en se partageant 25% des profits de l’entreprise. Une étape supplémentaire a même été franchie pour plusieurs employés de Feel Good Coffee. En effet, de l’engagement des employés sont nées deux belles histoires au sein du groupe : Feel Good Tea et Feel Good Cooking. Deux employés entrés dans l’entreprise en tant que garçons de cafés ont pu, grâce aux programmes d’entraînement et à l’accompagnement de l’entreprise, progresser et se passionner pour d’autres domaines. Le premier a su adapter ce qu’il a appris au sein de l’entreprise pour ouvrir son propre salon de thé et le second passionné de cuisine, a ouvert Feel Good Cooking. Les fondateurs soutiennent la création de nouveaux établissements en investissant les fonds nécessaires sans rien demander en retour tant que l’entreprise n’est pas rentable.


Pour Tommy et Sophorn, l’entreprise et le poste auxquels les employés ont été formés ne sont qu’un point de départ. Pour eux l’entreprise ne grandira que si leurs employés grandissent.


Bien entendu, le chemin que ces entreprises ont choisi de prendre n’est ni le plus simple, ni le plus rapide, néanmoins pour nos interlocuteurs, il n’y a aucun doute qu’il est le plus gratifiant. Tommy nous a avoué que « c’est la meilleure des sensations que de les voir grandir ». Quant à Sophorn, bien qu’ayant reçu de nombreuses propositions pour travailler dans de grands hôtels à des postes mieux rémunérés, il nous confie qu’il préfère rester chez Feel Good Coffee pour continuer à entraîner et accompagner ses employés.


Certes ces rencontres n’auront pas été l’occasion de découvrir des innovations managériales majeures, mais tout voyage nécessite de reprendre sa boussole afin de se remémorer les valeurs qui nous guident. Ecoute, respect de l’individu, liberté d’agir et d’échouer.


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