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  • Génération 2

Ken : la force du réseau

Mis à jour : 22 mai 2019

Le nom « Ken Everett » était apparu en surfant sur les communautés de personnes qui aspirent à repenser le management. Nous avons voulu le rencontrer lors de notre passage à Sydney pour qu’il nous explique son histoire et qu’il nous présente son livre Designing The Networked Organizations ainsi que la construction de son réseau présent dans plus de 30 pays.


Nous prenons donc, comme Ken nous l’a indiqué, un ferry au départ du CBD en direction de Cremorne Point. Quelle chance de commencer la journée sur ce ferry. La vue sur l’opéra est fantastique. Une fois arrivés à notre arrêt de ferry, nous apercevons Ken qui nous attend sur le ponton. Nos premiers échanges se feront en marchant. Sur la route pour rejoindre son bureau, qui se trouve chez lui, nous faisons un rapide tour d’horizon de nos expériences respectives.


Après nous avoir offert un café, Ken nous présente les livres qui l’ont inspiré, comme celui écrit par son ami Doug que nous rencontrerons à San Francisco. Ken a publié le sien en 2011, celui-ci défend les nombreux avantages offerts par l’organisation en réseau. Il nous reste alors à comprendre pourquoi, selon Ken, l’organisation en réseau propose une architecture organisationnelle pérenne et souhaitable.


Après de nombreuses années à travailler chez IBM, Ken a monté sa propre organisation, son réseau. Le réseau est représenté dans 30 pays par plus de 100 affiliés. Pour Ken, l’intérêt de l’organisation en réseau est qu’elle offre 3 éléments fondamentaux qui constituent sa force sinon son essence. Tout d’abord, ses membres, que ce soient des personnes seules ou des entreprises, sont totalement indépendants. Ensuite, l’organisation en réseau est une communauté qui partage une identité. Le paradoxe qui existe entre l’aspect communautaire et l’indépendance est résolu, selon Ken, par la 3ème caractéristique. En effet, le réseau est rassemblé autour de points communs, ceux-ci peuvent être des intérêts, des protocoles, des marques, des valeurs. Indépendance, communauté, éléments partagés sont aux fondements de l’organisation en réseau.


Le réseau fondé par Ken distribue un outil de communication TOYFNET. Si ce nom ne nous dit rien, Ken choisit deux exemples plus connus pour nous montrer la puissance de l’organisation en réseau : internet et Visa. Internet est un système global de réseaux qui suivent tous le même protocole, c’est un réseau de réseaux. Dans les années 60, lorsque les réseaux informatiques ont émergé, chacun avait son propre protocole et chaque terminal ne pouvait communiquer qu’avec un terminal du même fabriquant. Puis, des protocoles ont unifié ces réseaux, tous les ordinateurs pouvaient communiquer entre eux permettant ainsi la naissance d’internet. Internet est une communauté de personnes indépendantes qui partagent un intérêt commun, comme accéder à une information globale, et fonctionne sans dirigeant. Le second exemple de l’organisation en réseau présenté par Ken est l’entreprise Visa, qui, lorsqu’elle a été introduite en bourse en 2008 était la plus importante introduction effectuée jusqu’alors. Dans les années 70, Dee Hock, son fondateur a choisi une structure coopérative dirigée par des comités régionaux. Dans ces comités siégeaient des copropriétaires (les banques locales) qui surveillaient les services offerts par Visa à ses clients (qui étaient aussi les banques locales) qui distribuaient ces services à leurs propres clients. Ainsi, Visa était possédée et dirigée par un réseau composé de banques qui étaient pourtant concurrentes entre elles sur le marché. Cette organisation d’ordre et de chaos, de « chaordre » selon Ken, a duré jusqu’en 2007 malgré le départ à la retraite de Dee Hock en 1984. Passée cette date, Visa a été introduite en bourse. Ken nous explique que l’entreprise, marquée par un très fort succès, a suscité de nombreuses interrogations quant au respect de la concurrence. Les témoignages recueillis par Ken quant aux changements liés à l’introduction en bourse de Visa sont dissonants. Si certains sont toujours ravis de travailler pour Visa, pour d’autres, « tout a changé ». Visa est donc un autre exemple relevant de l’organisation en réseau où divers partis indépendants sont intégrés au sein d’une communauté.



Le réseau de Ken distribue des outils de communication d’origine canadienne. Ken a acquis les droits de distribution en Asie et en Europe où il construit un réseau d’affiliés. Pourquoi a t-il choisi l’organisation en réseau avec des affiliés plutôt que d’engager des employés ? Son choix a été motivé par des raisons très pragmatiques. D’abord, il n’avait pas d’argent pour payer des salariés. Aussi, il nous confie avoir eu peur du succès. En effet, lorsqu’il a créé son réseau, après 17 ans passés chez IBM Ken avait 50 ans. Il savait alors que si son entreprise était un succès, il lui serait très difficile de la quitter pour partir à la retraite. Enfin, Ken nous avoue qu’il ne connaissait pas l’organisation en réseau et que cette nouvelle structure représentait pour lui une nouvelle aventure qui ne pouvait être influencée par la structure des entreprises dans lesquelles il avait travaillé. Ken a construit son réseau avec des personnes qui recherchaient la même chose que lui : faire partie d’une communauté tout en étant indépendants. Ces « corporate refugees » voulaient reprendre le contrôle de leur vie après avoir passé des années au sein de grandes entreprises. Ken n’était pas leur patron ni leur manager, il était (au début) l’hôte et le garant de cette communauté de personnes indépendantes.


Dans son ouvrage, Designing The Networked Organizations, Ken détaille son carnet de route, la construction de son réseau, les relations entre le créateur du réseau et les affiliés. Il loue aussi les avantages qu’il a découvert lors de la création de son réseau et lors de son évolution. Pour lui, le réseau permet d’instaurer une forte capacité de résilience, cela lui a permis de traverser la crise de 2008. Aussi, cette structure de self-management permet d’accroitre la productivité car les affiliés se concentrent sur leurs forces. Une véritable synergie peut émerger de ces acteurs qui travaillent en réseau et qui jouissent d’une liberté qui favorise leur motivation. Toutefois, les inconvénients liés à cette structure ne sont pas inexistants. En effet, la création d’une telle structure demande énormément de temps et d’investissements liés à la logistique. Aussi, comment Ken peut-il s’assurer que les produits distribués par ses affiliés dispersés dans 19 pays respectent une certaine qualité ? Ken l’affirme, il a été agréablement surpris de l’assiduité des affiliés en ce qui concerne les formations. Personne ne manque jamais une formation et ainsi, selon Ken « la question de la qualité ne se pose pas ».


Cette belle journée passée avec Ken, rejoint le temps du déjeuner par son fils Peter a été pour nous un moment riche en informations. L’organisation en réseau dépeinte par Ken semble répondre à de nombreux enjeux actuels et nous remercions Ken pour ses explications qui n’ont pas omis de pointer les difficultés que cette structure pose. Ce dont nous pouvons être certains : cette structure répond à l’attente des affiliés trouvés par Ken à savoir, être indépendants tout en appartenant à une communauté.



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