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Flash Organizations – Votre entreprise à la demande

Vous avez une idée, un projet mais vous n’avez pas les compétences pour la/le mettre en œuvre ? Le modèle de « Flash Organizations » développé par une équipe de chercheurs de l’université de Stanford pourrait rendre cela possible grâce au crowdsourcing aussi appelé production participative. Cela consiste à recruter les talents dont on a besoin parmi un large groupe de personnes, ce recrutement a souvent lieu sur internet. Créer une équipe d’experts regroupant toutes les compétences recherchées, réaliser le projet en quelques jours, le tout à distance, voici l’ambition des Flash Organizations.


Nous nous sommes donc rendus à Palo Alto, sur le campus de Stanford pour rencontrer Melissa Valentine et Michael Bernstein, co-auteurs de cette étude.


Les Flash Organizations sont rendues possibles grâce au développement, par les chercheurs, d’une plateforme nommée Foundry. Celle-ci, reliée à Upwork, qui est la principale plateforme de recrutement de freelances aux Etats-Unis ainsi qu’à Slack, permet de gérer l’ensemble du projet à distance : création de l’organisation, recrutement, suivi des avancées, communication etc.


- La création de l’organisation et le recrutement


Le créateur du projet le formalise sur Foundry, il définit les premiers besoins et les premières étapes qu’il a identifiés. Une fois les rôles et positions définis, Foundry va contacter les candidats qui correspondent aux profils recherchés sur Upwork. Si le recrutement automatique est choisi, les premiers candidats à postuler ont 10 minutes pour découvrir les détails du projet, de leurs missions et accepter ou non. Dans ce cas, le candidat est recruté en général en moins de 15 minutes. Néanmoins, le leader du projet peut décider de sélectionner l’option « warm-hire » qui lui laisse la possibilité de sélectionner les profils qui l’intéressent et de faire passer des entretiens s’il le souhaite.


Au cours du projet l’organisation peut être modifiée autant de fois que nécessaire, notamment en changeant les hiérarchies, en ajoutant ou modifiant des taches ou des rôles, jusqu’à plusieurs centaines de fois sans que cela perturbe le développement du projet.


- Le développement et le suivi du projet


Si Slack permet l’échange et la communication entre les membres de l’équipe, les interactions n’ont pas nécessairement besoins d’être nombreuses. La structure fonctionne sur le principe de rôle. Au même titre qu’une équipe de tournage ou de secours, chacun sait ce qu’il a à faire sans qu’on ne lui dise. Les membres de l’organisation sont recrutés pour une mission propre dont ils sont responsables et ils peuvent l’effectuer indépendamment des autres. L’organisation est structurée en équipes disposant chacune d’un Team Leader. Celui-ci n’a pas à dire à son équipe ce qu’elle doit faire ou comment le faire, son rôle est de centraliser les informations et coordonner les actions comme le ferait un réalisateur sur un plateau de cinéma.

La grande force des Flash Organizations vient de leur capacité à évoluer et à se restructurer au fur et à mesure que le projet avance, ce qui rend possible la réalisation de projets complexes. Mais concrètement comment cela est-il possible ?


Comme nous l’indique le schéma ci-dessous, l’équipe a son programme défini dans le temps et chacun sait quelle tache il doit accomplir en fonction de ce qui est indiqué sur la branche principale de la timeline (branch master).


Néanmoins, chaque employé, indépendamment de son niveau hiérarchique, peut soumettre une demande d’ajout ou d’extension de tâche en créant une branche annexe. Si la demande est validée par le supérieur, la branche annexe est fusionnée à la branche principale et la nouvelle tâche ajoutée au planning. Si la modification est mineure, elle est immédiatement intégrée sans validation. Tout collaborateur indépendamment de son niveau hiérarchique peut faire des demandes de recrutement, d’ajout de fonctionnalité ou encore d’amélioration du travail d’un de ses collègues.


- Les exemples de mise en application


Afin de tester Foundry et ses fonctionnalités, l’équipe de chercheurs a sélectionné trois projets et a proposé à leurs créateurs de les développer grâce au modèle de Flash Organizations. Un jeu de carte, une application pour les services d’urgence et un portail permettant la planification d’ateliers en entreprises ont donc été développés grâce à Foundry dans un délai d’une à six semaines.


EMS Trauma Report :


C’est une application visant à transmettre depuis l’ambulance les premiers constats et gestes effectués aux victimes afin que les hôpitaux puissent se préparer au mieux à les accueillir. Ce projet a été mené par un étudiant en médecine, il a pu, en seulement quelques minutes, créer son équipe sur Foundry. L’organisation a été changée au total 335 fois pour correspondre au mieux aux besoins et aux évolutions du produit. En cours de projet, l’équipe s’est notamment rendue compte de la nécessité de sécuriser les informations transmises pour répondre aux exigences légales, elle a pu corriger rapidement ce problème en recrutant un expert en sécurité internet du Caire.

True Story :


En quelques jours, le jeu de carte de storytelling a été conçu, fabriqué et testé. Les créateurs du projet ont même ajouté à l’idée initiale la conception d’une application et d’un site web dédiés à l’enregistrement et au partage des parties. Foundry a permis de rassembler plus d’une quarantaine de personnes au sein d’une douzaine d’équipes aux compétences variées, poètes, designers, développeurs, imprimeurs, testeurs.


Entreprise Workshop Planning Portal :


Application web qui permet aux consultants de gérer leurs ateliers chez les clients. Le créateur du projet a décidé de recruter ses 2 premiers Team leaders par entretien, il a mis respectivement 30 min et 11 heures pour les recruter. Ils ont ensuite chacun recruté une équipe de 3 personnes en moins de 16 minutes.


Ce modèle d’entreprise à la demande rend possible la création de produits ou de services à toute personne ayant accès à une connexion internet. Si ce modèle est prometteur, le professeur Valentine nous confie que l’étude n’est pas tout à fait terminée et qu’il reste des points à aborder comme par exemple la question de la rémunération, difficile lorsque d’un Team leader peut changer plusieurs fois par projet. Certains se poseront aussi la question de la place des interactions humaines dans ce type d’organisation. En interrogeant les chercheurs à ce sujet, nous apprenons qu’ils se sont aperçus au cours des cas concrets que plusieurs membres d’équipes n’hésitaient pas à discuter sur Slack notamment autour de sujets qui n’avaient pas de lien avec le projet. D’autres questions peuvent aussi être soulevées : pouvons-nous être aussi efficaces et créatifs sans jamais rencontrer notre équipe ? Existe-il un risque de précarisation de l’emploi, en cas de développement de ce modèle ? Les chercheurs nous ont avoué avoir conscience de ces interrogations et travaillent déjà dessus.

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