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Décathlon : à fond la forme ?

L’entreprise créé en 1976 par Michel Leclercq et détenue par la famille Mulliez est spécialisée dans la création et la production de produits pour le sport. Décathlon compte plus de 80 000 salariés répartis dans plus de 40 pays, l’entreprise évolue dans un environnement très compétitif. En 2017, Décathlon a été classée première entreprise française de plus de 5 000 salariés où il fait bon travailler par Great Place To Work. L’institut YouGov a quant à lui décerné à Décathlon le prix d’entreprise préférée des Français en 2017. Nous avons donc décidé de comprendre ce qui faisait de ce géant du sport une entreprise particulière. Management responsabilisant, prises d’initiatives et droit à l’erreur : nombreuses sont les caractéristiques utilisées par les salariés pour décrire leur entreprise. Et dans les faits, comment cela se passe-t-il ?


François et Léo, les Baroudeurs 2016 avaient étudié Décathlon en Inde et au Vietnam, ils avaient pointé à deux reprises de nombreuses spécificités. Nous avons fait le choix d’étudier l’arrivée récente de Décathlon en Afrique du Sud. Sean, qui nous accueille, a ouvert un des premiers Décathlon d’Afrique du Sud, dans une zone commerciale à quelques kilomètres de Johannesburg. Il était intéressant pour nous de nous rendre dans ce magasin ouvert il y a quelques mois, à la rencontre de collaborateurs qui découvraient le management made in Decathlon.


Nous découvrons que l’une des premières actions de Sean fut d’abandonner les heures de travail imposées, chacun s’organise comme il le souhaite. Cependant, il s’est rapidement aperçu qu’il manquait souvent des personnes le samedi pour répondre aux demandes des clients, il a donc demandé à ce qu’un planning soit fait. Chacun s’inscrit sur ce planning en avance afin de garantir un minimum d’employés présents lors des périodes d’affluence. Ici, il y a aussi une transparence en ce qui concerne les chiffres du magasin.


Lorsque Sean a lancé son magasin, il avait besoin d’au moins 15 personnes. Il a cependant eu énormément de difficultés à trouver les bonnes personnes, à savoir des collaborateurs autonomes qui n’avaient pas peur d’endosser des responsabilités. Il a d’abord commencé à faire, de façon classique, passer des entretiens. Il s’est rapidement aperçu que cela ne fonctionnait pas : certains étaient très bons durant ces entretiens, mais dans les faits, il y avait une inadéquation entre ce qu’ils avaient présenté comme motivations en comparaison à leurs actions. Sean a donc mis en place un recrutement par le sport. Ce recrutement intervient après les entretiens individuels classiques afin de confirmer ou d’infirmer ce qui a été dit au préalable. « Grâce au sport je peux rapidement voir la personnalité des recrues et je ne me trompe pas ». Sean organise des sessions de recrutement sur le terrain, il réunit un groupe de candidats et les fait jouer, en équipe. Il nous explique qu’il est important de sélectionner des sports peu connus dans le pays afin que chacun parte avec, plus ou moins, le même bagage. Il faut aussi selon lui que les sessions durent au moins 45 mn car quand les personnes sont fatiguées, haletantes, elles font tomber leurs masques, on voit qui elles sont : égoïstes, à l’écoute, tactiques ? Le sport est un bon moyen pour détecter les qualités que l’on cherche chez un futur collaborateur. Ce recrutement par le sport est aussi utilisé dans d’autres magasins du groupe.


Si Décathlon est une très grande entreprise, « nous avons tout de même une très grande liberté » nous confie Sean. « Quand on fait les choses différemment, ils sont hyper contents ». Michel Aballea et le board sont venus pour l’ouverture en Afrique du Sud. Sean nous raconte que Décathlon sait s’adapter, il prend pour exemple un magasin au Sénégal :

« ils ont acheté un conteneur, ils l’ont amené sur un terrain de football, ils l’ont entièrement transformé en boutique, ils ont créé une ambiance Décathlon dans un conteneur et ça fonctionne ! C’est incroyable ». Une grande place est donc accordée à l’autonomie, à toutes les échelles, que ce soit au sein du groupe mais aussi au sein des magasins.


En effet, la responsabilisation est fondamentale chez Décathlon. Sean nous explique que chacun est responsable de son sport. Chaque employé gère un sport et s’en occupe en toute autonomie. Ainsi, il sera décisionnaire sur les présentations, les stocks, les promotions et responsable de ses actions. « Chacun dispose d’un certain nombre de mètres de rayon, il s’occupe de son chiffre d’affaire, de ses coûts et doit rendre son sport rentable, un peu comme un chef d’entreprise » nous explique Sean. Par conséquent, les salariés de Décathlon de Johannesburg sont donc tous responsables d’une partie du magasin. Aussi, si une personne endosse une responsabilité chez Décathlon, ce n’est pas pour autant qu’il se dédouane du sport qu’il gérait. Le responsable Ressources Humaines de Décathlon Afrique du Sud continue, après avoir été promu, à s’occuper d’un sport au sein d’un magasin. Cela apporte de la légitimité au travail des managers. Cette responsabilisation présente de nombreux avantages pour engager les collaborateurs mais a aussi été un frein pour de développement de Décathlon en Afrique du Sud, Sean nous avoue avoir eu du mal à trouver des collaborateurs prêts à assumer ces responsabilités. Si chacun est responsable d’un sport, ce n’est pas pour autant qu’il ne doit pas jouer collectif et participer à la vie du magasin. Sean estime qu’un employé partage son temps à 50% pour son sport et 50% pour aider ses collègues des autres rayons. Pour être certain que chaque employé ne soit pas tenté de consacrer tout son temps à son rayon, les primes sont en fonction du résultat global du magasin et non des rayons. Aussi un employé aura tout intérêt à participer à la réussite des sports de ses collègues s’il veut que ceux-ci l’aident en retour. Dans le même esprit, personne n’est responsable de caisse dans le magasin de Sean. Chaque jour, une nouvelle personne s’occupe de la caisse, depuis l’ouverture jusqu’à la fermeture. Cette personne s’occupe des rotations entre les responsables de sport pour assurer le bon déroulement de l’encaissement du magasin.


Cette importance accordée à l’autonomie des employés pousse de nombreux collaborateurs à vouloir tester de nouvelles choses. Nombreux sont ceux qui souhaitent, pour une courte période travailler à l’étranger. Cela est possible chez Décathlon, il suffit de trouver le binôme qui souhaite échanger son poste durant une courte durée. C’est une occasion unique pour de nombreux collaborateurs de vivre une expérience à l’étranger en inversant son poste avec quelqu’un d’autre tout en gardant son emploi et sa vie initiale à son retour.


Décathlon souhaite sa structure plus plate dans les régions d’implantation. Le groupe souhaite par exemple que pour l’Afrique du Sud, les seules strates hiérarchiques soient : le PDG, le directeur du pays, le directeur du magasin et le responsable du sport. Ainsi, le groupe espère établir 4 niveaux hiérarchiques dans une organisation qui est composé de plus de 80 000 salariés.


Cette visite nous a appris de nombreuses choses sur le groupe Décathlon dont les spécificités semblent aussi nombreuses que les pays où il s’implante. Nous commençons à mieux cerner ce qu’il y a derrière ce qu’ils appellent le « management responsabilisant ». Cette particularité de Decathlon est d’autant plus atypique qu’elle s’inscrit en Afrique du Sud dans un contexte où beaucoup des employés peu qualifiés sont habitués à subir beaucoup de pression au travail et à devoir suivre les ordres des managers. Si cette « culture du travail » sud-africain a posé quelques difficultés pour que les employés s’approprient leur mission de « responsable de sport », le challenge en fut d’autant plus stimulant pour Sean.

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